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La boucle du Vanneg du 5 mars 2016

samedi 14 mai 2016, par Pascal

La grêle  !!!
Manquait plus “qu’ça”…
Comme si les averses de pluie ne suffisaient pas, voilà qu’il grêle … Oh  ! Pas des grêlons énormes, non… des petits grêlons, vicieux, gros comme des “p’tits” pois… Ça vous tombe dans le cou et ça vous colle des frissons partout, partout…
Bon, qu’est-ce-qu’on fait  ?…
On part ou on part pas  ?
Stéphane et Sébastien sortent la potion magique, le remède miracle… un pochon en papier contenant des petites gâteries en chocolat… tournée générale… hummm… ça fond dans la bouche et pas dans la main et tout de suite, ça vous redonne du “peps”.
Et nous voilà partis  !
Pas pour longtemps… On fait cinquante mètres et on s’arrête dans un abri-bus (il pleut…), le temps que je fasse un petit laïus sur Henvic et sa région. Le Pays Pouched, la ceinture dorée, les manoirs et seigneuries en 1481… ça ne semble pas captiver plus que ça mes marcheurs, pas plus que l’église actuelle dédiée à Saint Maudez et Sainte Juvelte, sa petite sœur, à qui on faisait une prière quand on avait mal au genou.
La guéguerre que déclencha après la révolution, la scission en trois communes distinctes de l’unique communauté et paroisse TAULÉ-HENVIC-CARANTEC, tout ça pour des histoires de goémon que CARANTEC ne voulait plus partager.
Bref, seul le fait qu’Alexis Gourvennec fut natif d’Henvic et ex-interne de la célèbre École d’Agriculture du Nivot fit réagir certains…
Pourtant, quand on est sportif comme moi (hum…), c’est intéressant de savoir que Henvic fut champion du monde du lancer d’artichauts en 2014… qu’on y pratique le jeu de boule plombée spécifique au Pays de Morlaix et de Guérande.
Cette boule, très souvent en résine actuellement, était auparavant tournée dans un bois très dur, le gaïac, originaire d’Amérique du Sud. Elle est incrustée de quatre plombs sur sa bande de roulement et d’un cinquième, le fort, sur le côté de celle-ci.
Vous voulez “qu’j’vous dise”… Ils ont froid, mes randonneurs et -euses et n’ont qu’une hâte : partir… Eh bien  ! ALLONS-Y  !… Juste une centaine de mètres……

On ne peut pas passer devant la vieille église, plus jolie que l’actuelle, sans en dire deux mots… Construite fin 16ᵉ, début 17ᵉ siècle, son clocher pittoresque servait d’amer pour rentrer en baie de Morlaix. C’est un style Beaumanoir, à galerie, tourelle cylindrique (escalier) et deux étages de cloches. À côté, le presbytère… oui, le presby…
Ça piaffe d’impatience… Mieux vaut partir, sinon…
Cette fois, “les fauves sont lâchés”… Cap à l’Ouest, direction la Penzé par une petite route goudronnée, pour commencer.
Nous sommes neuf, sur une trentaine

Rapidement, nous abandonnons le bitume pour un sentier un peu plus gras. Alain a eu la bonne idée de troquer ses sandalettes pour des chaussures un peu plus adaptées. Quittant un petit bois, nous longeons un champ de moutarde, par un chemin boueux, sculpté par les roues du tracteur du paysan du coin. C’est sympa, on a le choix entre le bord de l’ornière ou le fond qui désavantage tout de suite les petits. Cette progression en terrain gras nous conduit aux villages de Kervor et Goasquelen surplombant la Penzé et par une petite route, nous descendons vers le manoir de Trogriffon et les bords de la rivière.
Trogriffon, simple gentilhommière au 15ᵉ siècle, offre l’intérêt d’un parc boisé de nombreuses variétés d’arbres (chênes séculaires, platane orientaliste de plus de trois cents ans, etc.) autour de deux étangs et de jardins d’agrément d’inspiration italienne. Un pigeonnier doté de mille ouvertures reste le témoin de la richesse des seigneurs de l’époque.
Quelques mètres plus bas, nous atteignons la Penzé. Fleuve côtier de quarante kilomètres, elle prend sa source au pied du Roc’h Trédudon, dans les Monts d’Arrée. Elle tient son nom du village de Penzé, situé en amont et depuis lequel elle s’élargit pour former un aber d’une dizaine de kilomètres se jetant entre la baie de Saint Pol et l’île Callot. Classée zone Natura 2000, les oiseaux migrateurs y trouvent refuge, tandis que saumons, truites, mulets évoluent dans ses eaux.
Derrière nous, en amont, le viaduc ferroviaire de la Penzé, entièrement métallique, permet la liaison Morlaix Roscoff.
Presque 15 heures 30, il est temps de repartir. La pluie s’est arrêtée mais le ciel reste menaçant.
Nous cheminons dans les bois de la propriété, laissant derrière nous la digue de l’étang d’eau saumâtre qui autrefois, avec l’action du flot, faisait fonctionner un moulin à marée désormais en ruines. Remontant en bordure de champs, nous atteignons le village de Kerarcoual et ses jolies maisons. La traversée du village nous permet de découvrir une infime partie de l’arborétum du même nom, propriété de Jean MERRET. Passionné de voyages et de botanique Jean MERRET a créé l’arborétum de la maison de retraite de Huelgoat, alors qu’il en était directeur, de 1988 à 2005.
Parallèlement, il crée son propre arborétum à Kerarcoual. On y trouve plus de 4200 espèces végétales des régions himalayennes et andines.
Le vent est froid. Nous repartons en direction du Pont de la Corde.
Un petit sentier sympa et glissant à souhait nous conduit à la route de l’anse Marguerite. Ce ribin est déconseillé aux personnes portant une perruque, les ronces, à certains endroits, ayant la fâcheuse tendance à descendre du ciel, vous accrochent le bonnet au passage. Imaginez l’effet produit sur une personne portant perruque.
Passé l’anse Sainte Marguerite, nous approchons du Pont de la Corde et des quais bordant la Penzé. La petite chapelle Sainte Marguerite (15ᵉ, 16ᵉ siècles) se distingue des maisons avoisinantes. Appartenant autrefois aux dépendances du manoir de Trogriffon, elle est actuellement entretenue par une association de Henvic. Durant plusieurs années, elle servit de chapelle ardente aux marins péris en mer ou dans la Penzé.
Nous sommes à deux pas du Pont de la Corde, construction permettant aux habitants du pays Pouched (Henvic, Taulé, Locquénolé et Carantec) de communiquer aisément avec la région de Saint Pol de Léon. Ce ne fut pas toujours le cas.
Au bas Moyen Âge, seul un gué nommé « passage des bœufs » permettait de franchir la rivière.
Au début du 15ᵉ siècle, le seigneur de Lézireur ayant obtenu du roi Louis XII, le droit de foire à Henvic, fit aménager un bac guidé par une corde, dans les environs proches du pont actuel. Le passage des bœufs devint « passage de la corde » et les seigneurs de Lézireur, propriétaires du bac, perçurent un droit de passage jusqu’à la révolution. Par la suite, des adjudicataires assurèrent son fonctionnement tout au long du 19ᵉ siècle.
Plusieurs projets furent voués à l’échec (pont tournant, doublement du pont ferroviaire) et ce n’est qu’en 1922 qu’Albert Louppe, alors conseiller général, fit procéder à la construction du premier pont qui fut mis en service en 1927 et resta payant pendant cinq ans. Ce pont fut remplacé et détruit en juillet 1969, par l’actuel Pont de la Corde.
Passés sous le pont, nous traversons les installations d’un ostréiculteur exploitant le banc de Saint Yves. Ces huîtres sont d’ailleurs excellentes… normal…
Marchant face au vent frisquet du Nord, nous arrivons à la stèle érigée en mémoire de Jacques Guéguen doyen des FFL, décédé en 1957 de « sa belle mort ». Entré dans la Résistance à 65 ans il effectua plusieurs passages clandestins avant de se faire arrêter. Emprisonné puis libéré, il rejoint l’Angleterre pour poursuivre le combat.
Nous quittons l’itinéraire balisé pour un circuit “maison”, en direction de l’ancien manoir du Lingoz devenu exploitation agricole. Une ultime averse de pluie nous surprend, alors que nous progressons entre deux parcelles de choux-fleurs. Ce sera la dernière de l’après-midi. Peu avant Lingoz, nous bifurquons pour rejoindre le bord de mer tout proche.
Petite halte avec… avec… le soleil… Ouiiii… qui ne nous quittera plus jusqu’à l’arrivée.
C’est une chance, car de l’endroit où nous sommes, nous avons une vue magnifique sur l’anse de la Penzé. Sur notre gauche, la pointe Saint Jean et Saint Pol de Léon et à droite, Carantec et l’île Callot.
C’est la fête, Jacques sort une tablette de chocolat qui “ne fait pas long feu”…
Nous reprenons notre marche pour monter en bordure de champs et prenant de l’altitude, nous découvrons alors, au-delà de la pointe Saint-Jean, l’îlot Sainte-Anne et plus loin, le port de Roscoff.
Comme la plupart des randos en boucle en bord de mer, le retour va s’effectuer par les terres.
Au point où en sont nos chaussures, un peu plus de boue n’a pas d’importance. C’est par des petites routes, chemins et bordures de champs que nous regagnerons Henvic après trois heures de marche environ… et un grand bol d’air (frais…).
Ah  ! Au fait… j’allais oublier… Merci à celles et ceux qui ont pensé aux “friandises”, pour le moral du guide…

Texte et photos d’Yves