Les recherches effectuées sur les hommes préhistoriques nous apprennent qu’ils soignaient leurs maladies et blessures à l’aide de plantes. Comment les choisissaient-ils, nous ne le savons pas, mais, avec l’apparition de l’écriture, nous pouvons, sans grand risque d’erreur, imaginer que bon nombre des remèdes furent imaginés à partir d’un raisonnement qui allait trouver sa formalisation dans l’enseignement d’un médecin suisse qui vécut à l’époque de la Renaissance, PARACELSE, lequel élabora la Doctrine des Signatures .

Par ce terme, on entend une théorie d’un fonctionnement de la médecine par analogie : à chaque maladie correspond un remède issu de la nature, végétal ou minéral, porteur d’un signe reconnaissable dans sa forme ou dans son fonctionnement et qui en permet le choix pour traiter le problème. On peut citer de nombreux exemples : le cerneau de noix ressemble au cerveau, donc on l’utilisera pour traiter cet organe quand il sera déficient.
De même pour le grain de café. Il se trouve que, dans ces deux cas, la théorie tombe assez juste : la noix, très riche en sérotonine, a des vertus antidépressives et calmantes, alors que le café est, lui, bien connu pour stimuler.
Mais, dans beaucoup d’autres cas (la majorité…), il faut bien reconnaître que cette hypothèse ne mène pas bien loin : soigner une insuffisance rénale par les haricots du fait d’une similitude de morphologie ne peut que mener à l’échec.
En arrière-plan de cette doctrine, il y a cette croyance ancienne selon laquelle tout , dans la nature, repose sur des principes créateurs dont on peut , et dont on doit si l’on veut être efficace, repérer les signes dans les formes, les couleurs, les rythmes de fonctionnement etc. Par exemple, en nous reportant aux quelques pages consacrées au Bouleau, Betula Alba, nous y trouvons une réminiscence de ce raisonnement dans le fait suivant : le Bouleau est animé d’un ‘’principe ‘’ actif qui lui fait avoir une concentration en sels minéraux très importante dans son écorce alors qu’elle est minime dans le reste du tronc, propriété remarquée par les anciens qui en ont fait un remède permettant le ‘’nettoyage’’ des organes encrassés par un excès de dépôts d’acide urique (la goutte). Parfois donc, la chimie actuelle confirme ces observations et ces thérapeutiques un peu ‘’empiriques’’. Cela reste rare, pour ne pas dire exceptionnel. Toutefois, clin d’œil malicieux de l’histoire, c’est malgré tout cette théorie qui a permis la découverte d’une molécule dont il se consomme annuellement 2 000 tonnes en France, 40 000 tonnes dans le monde, soit 120 milliards de comprimés de 300 milligrammes, l’aspirine, issue, à l’origine, du Saule et de la Reine des Prés.
Léon KERNÉ

La Doctrine des Signatures